Pari gagné ?

Pari gagné ?
- Le pari est gagné, disait Dag. Les autres du Quatier Sud devront bien s'en rendre compte : on est rentré à cette soirée. Le pont de l'avenir est notre territoire maintenant.
Son long bras où saillaient tous les muscles se posa avec force sur la rambarde rouillée du pont de l'Avenir, qui trembla sous le choc. L'entrelacement de serpents tatoué sur son bras semblait s'animer sur les plis durs de ces biceps, grouiller face à la rambarde tremblante.
- Un peu de shart, tout le monde ? proposa le meneur du Clan Neuf à ses camarades.
- Ouais, s'teuplaît, répondit Jadda en même temps que les autres, prenant et mâchant la feuille oblongue que Dag lui tendait.
Le shart avait toujours le même goût amer, mais Jadda s'en fichait, tant le shart lui donnait l'impression de respirer plus vite, de sentir son coeur battre plus fort, d'entendre l'incessant vrombissement des aéroglisseurs s'effacer, de voir s'estomper la grisaille urbaine. Il n'y avait plus que le pont qui s'étendait devant elle, perdant peu à peu son panache de gris et noir pour se teinter de clarté, s'auréoler de lumière.
- Ces mecs du Clan sud, ils nous avaient bien dit de venir ici ce soir ? demanda Ned à Dag.
- Ouais.
- T'es sûr ?
- Sûr.
- Non, parce que y'a personne sur le pont, là, ajouta Ned.
- S'ils viennent pas, ça les regarde, répliqua Dag. Ils devaient venir vérifier qu'on a bien gagné le pari, ce bâtard de Munno et sa bande de gosses, mais s'ils ne viennent pas, on a gagné quand même. L'Acrobate, tu sors ton flingue, OK ? Faut bien qu'on le voie, au cas où ils viendraient quand même.
Jadda sortit lentement le Zath 301 de sa poche intérieure. Le pont scintillait à ses yeux brouillés. Elle n'avait pas pris de shart depuis un mois, et elle se sentait un peu vacillante.
- Middie, toi, t'as de bons yeux, tu vois quelque chose ? demanda Dag à une des filles présentes.
- Ouais, répondit Middie en mettant en visière ses mains surchargées de bagues en toc, ses longs ongles vernis effleurant ses sourcils redessinés au crayon. Middie était une des filles les plus populaires du Clan-Neuf et, pour tenir son rang, elle chargeait ses petits copains successifs de dévaliser les rayons maquillage des grandes surfaces.
- Je vois cinq ou six gars, là-bas. Ils sont tout en blanc. Ca doit être eux.
- On y va, tout le monde, ordonna Dag.
Les neuf adolescents avancèrent lentement sur le pont métallique. Il y avait bien en face quelques formes blanches, qui étincelaient douloureusement aux yeux de Jadda. A cette heure et dans ce quartier mal famé, il n'y avait personne d'autre.
Ah si, en fait, il y avait quelqu'un d'autre.
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# Posté le jeudi 15 septembre 2005 12:12

Modifié le dimanche 18 septembre 2005 08:01

La promeneuse

La promeneuse
Tout au bout du pont, une promeneuse insouciante, qui pour les yeux éblouis de Jadda se détachait comme une tache de réalité sur la factice brillance de l'univers, avait aperçu les deux groupes d'adolescents et se tenait en retrait, avançant par à-coups, hésitante. A cette distance, on ne pouvait pas distinguer son visage.
Jadda continua à marcher, l'arme à la main. Dag, devant elle, semblait tout à fait sûr de lui. Il n'avait pas vu la promeneuse. Personne n'avait vu la promeneuse, sauf Jadda.
Ils arrivèrent au milieu du pont et le chef du Clan-Neuf s'arrêta ; bien campé sur ses deux jambes, bras croisés, sans cesser de mâchonner son shart, il se mit à attendre l'arrivée de ces formes blanches là-bas. Jadda se plaça à sa droite et Ned à sa gauche, les autres restant un peu en arrière.
Les jeunes du Clan-Sud arrivaient en face. Ils étaient onze, tous en blanc et bleu clair, les garçons avec des jeans délavés et des bracelets et bagues argentés, les filles en vestes à fourrure et paupières fardées de bleu. Ils s'arrêtèrent juste en face de leurs rivaux, à quelques mètres.
A côté, la promeneuse avançait avec circonspection, modérant ses pas, espérant peut-être passer sans être remarquée.
- Alors, vous êtes entrés à cette soirée ? Vous y êtes allés ? demanda abruptement un garçon du Clan Sud.
Il se tenait en avant et regardait Dag droit dans les yeux : ce devait être Munno, le chef des jeunes du Quartier Sud.
- Ouais, répondit Dag.
- Comment on peut le savoir ?
Ned grogna.
- Vous nous croyez pas, peut-être ? dit-il avec rudesse.
- Désolés, mec, répliqua sèchement une des filles en blanc, mais tu vois, on a tendance à pas trop vous faire confiance, à vous, les bâtards du Quartier Neuf.
- Ouais, renchérit sa copine à côté d'elle, les mecs du Clan-Neuf mentent comme ils respirent, tout le monde sait ça.
- Eh mais vous vous prenez pour qui ? éclata Middie. Et vous, pauvres connes, on devrait toujours vous faire confiance ?
- Pétasse ! répondirent les deux filles d'une même voix, et ce fut le début d'une suite d'injures de plus en plus agressives ; Middie et les filles se crispaient, serraient le poing, chacune prête à bondir sur l'adversaire.
Là-bas la promeneuse s'était arrêtée et se tenait coite, dans l'expectative.
- La ferme, les filles ! ordonnèrent Dag et Munno chacun de son côté. Ca suffit.
Mais ils avaient beau essayer de calmer le jeu, l'atmosphère s'était tendue, et les deux groupes d'ados se regardaient en chiens de faïence.
- Bon, reprit Dag, si vous nous croyez pas, on va vous montrer une preuve.
- Vas-y, répondit Munno, prouve-le nous.
- Jadda est entrée et a ramené quelque chose.
- Montre.
- Jadda, montre.
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# Posté le samedi 17 septembre 2005 02:51

Modifié le mardi 20 septembre 2005 02:49

Du danger d'utiliser un couteau trop brillant

Jadda s'avança. Tous les jeunes sur ce pont, qu'ils soient du Clan-Neuf ou du clan Sud, avaient les yeux fixés sur elle. Là-bas la promeneuse hésitait à avancer.
Jadda éleva son arme à bout de bras.
- Voilà, c'est le prototype du Zath 301, la dernière arme de Zath ! cria-t-elle. Plus personne ne la regardait, mais tout le monde fixait à présent le pistolet des yeux.
Munno s'approcha pour mieux voir. Personne ne parlait.
La promeneuse avançait à petits pas.
- OK, lâcha Munno, ça prouve que vous êtes entrés. Alors si vous nous donnez ce truc -il montra le Zath 301 - on vous laisse le pont.
- Ca va pas ! réagit aussitôt Jadda, et elle ramena l'arme contre sa poitrine, d'un geste nerveux.
- Ca a jamais été prévu comme ça ! rugit Dag. Vous avez perdu, vous avez perdu, maintenant vous nous laissez le pont et vous partez !
- D'où tu nous dis c'qu'on doit faire ? riposta un garçon en blanc.
- Foutez le camp ! cria Middie. C'est chez nous ici !
- Donnez-nous l'Zath ! répondit Munno.
- Tu peux crever ! dit Dag, et il sortit son propre pistolet, volé l'après-midi à l'armurerie, imité par tous les membres du Clan-Neuf.
En face, Munno et sa bande exhibèrent leurs couteaux.
Et ce fut ce moment que la promeneuse choisit pour mettre le pied sur une flaque d'huile et tomber, heurtant la rambarde du pont dans un sinistre bruit de métal.
Ce bruit déclencha tout. Les deux groupes armés foncèrent l'un sur l'autre avec rage. Middie visa une des filles qui l'avaient insulté et tira. Dag envoya un uppercut dans le menton de Munno. Ned se rua sur un grand garçon tout en blanc du Clan Sud. C'était une bagarre générale, avec force coups de feu, lames, blessures et cris.
Seule Jadda restait, hébétée, hors de la bagarre, le Zath 301 à la main, car, quand les deux groupes s'étaient attaqués dans cette explosion de tension, elle avait posée les yeux sur la promeneuse, assez proche maintenant, et l'avait reconnue.
C'était la fille au carnet rose, la brune à lunettes, Yellie.
Elle fixait avec horreur le pugilat de ses grands yeux bleus effarés ; elle ne voyait même pas, derrière elle, une des filles du Clan Sud, qui devait la prendre pour un adversaire, et qui, avec lenteur, levait au-dessus de sa tête un long couteau brillant. Jadda, elle, le vit, vit la lumière du couteau mille fois amplifiée par les lumineuses hallucinations du shart.
Elle leva le Zath 301, visa à peine et tira.
Elle avait tiré très vite, aussi vite que s'il s'était agi de sa propre vie.
La fille du Clan Sud s'effondra, un trou inquiétant à la tête, sans une goutte de sang.
Jadda baissa son arme.
Yellie entendit le bruit du corps qui tombait, se retourna, vit le cadavre de la fille, réprima un hurlement et s'enfuit le long du pont.
- Attends ! cria Jadda, et elle voulait s'élancer à sa suite, mais une main agrippa son manteau.
Elle pivota, envoya un coup de genou dans le ventre du garçon du Clan sud qui l'avait attrapée, lui abattit son poing sur le crâne pour l'étourdir pour de bon, et se retourna en direction de Yellie ; mais la jeune fille avait gagné l'autre extrémité du pont et s'était fondue dans la grisaille des rues.
- On s'en va ! cria Dag, et il battit en retraite, suivi par un Ned dont le bras saignait et d'une Middie échevelée.
Jadda regarda son arme, son trophée, le Zath 301. Elle le remit dans sa poche intérieure, cracha la feuille de shart -trop amer, décidément- et se mit à courir vers les rues grises où Dag l'entraînait, où Yellie était partie.

# Posté le dimanche 18 septembre 2005 08:02

Modifié le dimanche 02 juillet 2006 04:00

PAUSE number four

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PAUSE 4

EEEEEEH voilà un 4ème chapitre TERMINE (je suis bien contente, je m'énervais sur celui-là). Alors, vous lisez toujours ? On devrait vous accorder la médaille du mérite !
Y en a parmi vous qui se frottent les mains en se disant : enfin de l'action ! Ne vous inquiétez pas, ça ne fait que commencer. Cette petite Jadda n'en est qu'à une victime... (Je sais plus combien j'en ai prévu pour elle dans le scénario !) Et avec cette pause, la déficition du shart, qu'on n'aille pas me demander ce que c'est après :

SHART n.m. Drogue hallucinatoire présentée sous forme de feuilles sèches à mâcher, provenant des cultures du nord. Le shart contient de la minitine, substance qui aiguise la perception de la luminosité, tout en réduisant les capacités de raisonnement. A faible dose, elle constitue un médicament efficace contre certaines maladies cutanées. A forte dose, elle est extrèmement dangereuse pour le coeur et les vaisseaux sanguins.

Voilà, si vous avez d'autres mots dont la signification n'est pas évidente, dites-le dans les commentaires !

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# Posté le mardi 20 septembre 2005 02:46

Modifié le mardi 20 septembre 2005 03:32

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La sensation qu'on a, un Zath à la main, est irremplaçable. Des instruments légers, pratiques, esthétiques, pour des résultats toujours plus satisfaisants !
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# Posté le mardi 20 septembre 2005 03:20

Modifié le mercredi 21 septembre 2005 02:51