Conférence

- Certaines hostilités ne se comprennent pas. Elles sont innées, violentes, spontanées, naissent sans raison particulière et s'intensifient au fil du temps sans plus de fondement. Cettains pensent qu'il s'agit d'un effet de certaines hormones ou d'ADN incompatibles, mais cette explication n'est que partielle et insatisfaisante. Des questions ?
- Oui. Peut-on dire la même chose de certaines amitiés ?
- Sans doute. Sans doute. Mais ce n'est pas l'objet du propos.


Conférence de M. Androgh, "le rapport de force comme moteur de la société", 13 février.
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# Posté le samedi 17 décembre 2005 06:25

Modifié le vendredi 23 décembre 2005 11:30

Soir et matin...

Après l'échauffourée au Pont de l'Avenir, Jadda était rentrée directement au squat - de même que tous ses camarades du clan Neuf étaient retournés chez eux - et s'était laissée tomber, sans ménagement, sur son matelas. Elle revoyait la scène en boucle sous ses paupières. Yellie, le couteau, viser, tirer, le trou dans la tête de cette fille du clan Sud. Aussi ce n'était pas tellement la santé de cette fille qui l'inquiétait ; elle l'avait tuée, d'accord. Ce n'était peut-être pas la première fois, d'ailleurs : une fois où elle s'enfuyait avec Dag et Ned, elle avait tiré avec un des petits pistolets du chef du clan Neuf dans la poitrine d'un policier ; il était tombé et elle ne l'avait pas vu se relever. Non, ce qui causait ce trouble en elle, ce n'était pas qu'elle ait tué cette fille, c'était comment elle l'avait tué.
Elle se souvenait de ce mouvement subit, irréfléchi, de ce réflexe qui l'avait surprise elle-même, qui avait pris possession de ses membres et pourquoi ? Parce qu'on menaçait cette gamine brune qu'elle connaissait à peine, cette Yellie !
- Ca va plus, moi, pensa-t-elle tout haut, avant de s'arracher du matelas, d'avaler le fond d'une cannette de bière qui traînait là et de se coucher, toute habillée, dans le grand silence du hangar de tôle rouillée.
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# Posté le dimanche 18 décembre 2005 05:29

Modifié le vendredi 23 décembre 2005 11:29

Disputes au sein du clan Neuf

Disputes au sein du clan Neuf
(NDA : article qui a été censuré par des espèces de... (je vous laisse deviner ce que j'en pense), alors que c'est un des articles qui avaient été un des plus durs à écrire... GRRRRRRRRR)

Le lendemain, Jadda reçut un appel sur son mod : Dag réunissait tout le clan Neuf dans la cour de l'ancienne école maternelle. Elle eut tout juste le temps de se rafraîchir sommairement à l'eau d'un robinet qui se trouvait au fond du hangar, puis partit vers l'école. Quand Dag réunissait ainsi tout le monde, en général c'était pour préparer un gros coup. Jadda espérait y prêter la main. Maintenant qu'elle possédait une arme puissante, elle pouvait prétendre à beaucoup plus de prérogatives.
Ce qui avait été il y avait déjà longtemps une école maternelle ne se composait que de trois bâtisses grisâtres, délavées par la pluie, aux vitres brisées, qui entouraient une cour d'asphalte où dépérissaient trois platanes. La grille qui entourait la cour était tordue et rongée par la rouille ; elle était aussi plutôt basse et Jadda n'avait besoin que d'un bond pour la franchir.
A l'intérieur, Dag attendait, appuyé contre la paroi grise. Sim se tenait près de lui (ce qui fit grimacer Jadda) et tuait le temps en gravant son nom dans le ciment friable du mur. Tout le clan était là : Middie, Rob... sauf Ned.
- Salut Dag, dit Jadda. Où est Ned ?
- Lut, Jadda, répondit le musculeux garçon brun. Il peut pas venir. Ses vieux le retiennent.
Jadda fronça les sourcils. Sim était là et pas Ned ? Ce n'était pas normal. Ce qui était encore moins normal, c'est que tout le clan avait tourné les yeux vers elle, insensiblement, et la regardait sans ciller. Même Middie s'était décrochée du grand rouquin qui lui servait de petit copain.
- Alors, dit-elle à Dag pour oublier cette atmosphère étrange, tu nous as fait venir pourquoi ?
- OK, eh ben approche, éluda Dag.
Il n'avait pas sa voix habituelle, il semblait même contrarié ; Jadda s'aprocha quand même.
- Bon, Jadda, il faut qu'on te parle, entra-t-il laborieusement en matière.
- Ben accouche !
- OK, bon, Jadda, c'est rapport à l'arme que t'as pris chez Zath.
- Le Zath 301 ?
Elle sentit tout son corps se crisper malgré elle.
- Ouais. Sim nous a parlé de ce qui s'était passé l'autre jour entre lui et toi. Je sais que vous vous aimez pas, enfin faut un peu de respect entre nous quoi... Faut qu'on soit unis.
- Ouais, et alors ? répliuqua Jadda, qui n'aimait pas qu'on lui fasse la morale, surtout quand il s'agissait de Sim.
- Non mais comment elle répond ! s'indigna Sim. Et tu l'as pas vue l'autre soir ! Une vraie dingue !
Jadda entendit cette voix aiguë et se raidit aussitôt. Le dégoût, la rage et la haine se réveillèrent brusquement en elle. Déjà elle était imperméable à toute discussion.
- Alors, continuait Dag tandis que Jadda fulminait en silence, on a pensé que comme tu t'en sers un peu comme tu veux et vu qu'c'est la meilleure arme qu'on a, tu vois, on a pensé que c'est moi qui la prendrai, vu que c'est moi qui organise tout.
Jadda le regarda avec froideur - c'était le calme avant la tempête. Alors, on voulait lui enlever son seul instrument de pouvoir, celui qu'elle avait arraché aux flammes sans aucune aide, puis qu'elle avait trimbalé tout une nuit sous la pluie battante. Elle en brûlait de rage.
- C'est non ! explosa-t-elle, hurlant si fort que tous les adolescents sursautèrent.
- Quoi ? réagit Dag. Quoi, qu'est-ce qu'y a, tu l'as pas sur toi ?
- Si, répondit Jadda, fumant de colère, terrifiante, je l'ai sur moi, précisa-t-elle, pour que tous comprennent bien qu'elle n'hésiterait pas à s'en servir. Et n'essayez pas de me le piquer ! hurla-t-elle. Je lai pris, je l'ai récupéré, il est à moi !
- Jadda, commença Dag...
- Tais-toi connard ! le coupa-t-elle.
Elle reprit sa respirationune seconde et reprit en criant de toute sa fureur :
- Oui, vous êtes des cons, tous des cons ! Foutez-moi la paix ! Je vais partir, ok, je trouverai mieux qu'votre foutu hangar, vous allez voir !
Jadda se retourna d'un coup, sauta par dessus la grille et s'éloigna de l'école à grands pas, pleine de rage.
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# Posté le vendredi 23 décembre 2005 11:36

Modifié le mardi 07 mars 2006 10:04

Rencontre... et filature

Rencontre... et filature
Elle erra quelques heures dans les rues du Quartier Neuf, ces petites rues minables, taguées un peu partout (et ce qui l'énervait plus encore, c'était de reconnaître ces tags, ceux faits par Sim, Dag et tous les autres), ces rues qui sentaient l'urine humaine et la crotte de chien. Elle apercevait de temps à autre des policiers en patrouille, alors elle bifurquait dans les petites ruelles, bien plus sales et plus puantes, et l'exaspération lagagnait, elle avançait sans but, n'importe où, bousculait les passants, les vieilles dames avec leurs sacs à provisions, les conducteurs qui descendaientde leurs petits aéroglisseurs, elle envoyait dun coup de pied poussière et vieux mégots, qui traînaient sur le trottoir, sur les clochards qui la couvraient d'injures. Mais elle ne les entendait même pas.
Elle bouscula ainsi une petite brune, chargée d'un énorme paquet cadeau rose, qui lui couvrait le haut des épaules et même le visage. Et à peine l'avait-elle heurtée, qu'elle entendit la voix enfantine de la brune :
- Excusez-moi !
Jadda s'arrêta net. Elle reconnaissait cette voix. C'était la même entendue l'autre nuit dans l'impasse sombre, c'était le cri sur le pont la veille.
Elle se retourna. La brune s'éloignait rapidement. De dos, oui, c'était certain, c'était elle, c'était Yellie.
Jadda, sans réfléchir, lui emboîta le pas. Sans en avoir l'air, la brune marchait vite ; elle semblait se faufiler partout, malgré son gros paquet cadeau rose. Jamais les rues du Quartier Neuf n'avaient semblé à Jadda si fréquentées.Elle faillit se retrouver bloquée et perdre Yellie de vue ; mais, sous l'oeil réprobateur des passants, elle grimpa sur un aéroglisseur garé là, repéra Yellie qui avançait sur le trottoir, sauta à terre et reprit cette espèce de filature.
Pourquoi suivait-elle Yellie ? Elle ne le savait pas bien, mais elle suivait.
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# Posté le mardi 27 décembre 2005 13:10

Modifié le jeudi 30 mars 2006 06:38

Le cadeau rose

Le cadeau rose
En descendant une rue, Yellie passa devant deux policiers, qui ne la regardèrent pas, bien entendu. "Merde", se dit Jadda. Les flics devaient toujours la rechercher. Il aurait mieux fallu qu'elle arrête de suivre Yellie mais je-ne-sais-quelle force la poussait en avant, la forçait à emboîter le pas de cette gamine brune avec son paquet cadeau, elle ne pouvait pas la laisser partir. Alors Jadda s'arrêta, regarda autour d'elle. Dans une impasse à gauche, elle aperçut un escalier de secours qui montait jusqu'au toit d'un immeuble plutôt bas. Elle s'engouffra dans l'impasse, grimpa le plus vite et le plus silencieusement possible cet escalier rouillé et se retrouva sur le toit. A cette hauteur, Jadda voyait encore bien le paquet rose ; les toits s'étendaient devant elle, comme une rue parallèle, sans trop de dénivellé en hauteur ni d'écart extrême d'un immeuble à l'autre. Jadda se mit à courir, suivant la tache rose en contrebas, se tapissant derrière les cheminées de temps à autre pour qu'on ne la remarque pas d'en bas.
Yellie s'avançait vers le Pont de l'Avenir, mais elle le trouva bloqué par une foule de policiers, elle descendit les quais pour passer la rivière ailleurs. Jadda sauta, avec un peu d'élan, sur le toit de l'immeuble d'en face. Yellie allait passer sur le Petit Pont. Jadda regarda le rue en contrebas : pas de flics par là. Elle aperçut le haut d'un échafaudage sur sa droite ; elle enjamba discrètement le bord du toit, et atterrit sur les planches de l'échafaudage ; pas d'ouvriers (c'était l'heure de leur pause) ; elle se glissa jusqu'en bas le long de la structure métallique, jusqu'à la rue. Yelli traversait le Petit Pont. Jadda hâta le pas, bouscula encore quelques passants, mais réussit à suivre la petite brune.
Enfin, Yelli s'arrêta. Jadda fit de même et se tapit contre un mur, dans un coin d'ombre, pour voir sans être vue. Elle ne savait toujours pas pourquoi.
Yellie sonnait à la porte s'une sorte de petite maison grise coincée entre deux immeubles.
Jadda, de sa cachette, la regardait.
La porte de la maison s'ouvrit et une femme à l'air bourru apparut à l'entrée.
- C'est quoi ? dit la femme.
- Boll est là ? demanda Yellie d'une toute petite voix, tandis que ses bras se resserraient sur on gros cadeau rose.
-Non, il est sorti.
- Dommage, dit Yellie. (De sa cachette, Jadda ne pouvait pas voir si elle était déçue ou soulagée.) Euh... eh bien, euh... vous lui direz bon anniversaire de ma part, hein, s'il vous plaît ? et puis vous pourriez lui donner ça ?
Elle tendit son gros paquet rose à la femme, qui le reçut avec perplexité. Puis la porte se referma, claquant presque au nez de Yellie. Jadda regardait toujours, plaquée contre le béton froid du mur ; elle vit la brune s'éloigner et se retint se la suivre à nouveau.
"Quelle truc stupide", se dit Jadda. Pourquoi l'avait-elle suivie ? Pour assister à cette scène de rien du tout qui n'avait rien à voir avec ses problèmes ? Pourquoi est-ce que cette gamine brune, ridicule avec ses tresses, faible, peureuse et bête, l'entraînait à sa suite, sans le savoir ? Quelle idiotie.
Et en même temps Jadda ressentait quelque chose d'étrange, qui montait insidieusement en elle et s'insinuait dans son esprit. Il lui venait soudain cette idée bizarre que cette ville, où tout était bataille et rapport de force, se trompait du tout au tout, et que la vérité était là, avec Yellie, sa tresse, ses lunettes et son cadeau rose.
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# Posté le mardi 27 décembre 2005 13:10

Modifié le jeudi 31 mai 2007 19:18